• Mademoiselle S – Lettres d’amour (1928-1930)

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    Quand l’érotisme et l’amour dansent sur les mots

    « Il n’y a pas de phrases, si éloquentes soient-elles, qui puissent exprimer toute la passion, toute la fougue, toute la folie, que contiennent ces deux mots « notre amour ». Nous goûtons à de telles extases qu’on serait inhabile à les vouloir conter! »
    Comme le souligne la quatrième de couverture du livre, la correspondance érotique, découverte par hasard et présentée par Jean-Yves Berthault, dévoile la passion dévorante d’une femme pour son amant, entre les années 1928-1930. Écrit dans une langue recherchée, souvent crue et d’une grande modernité, ce trésor épistolaire dispose des armes pour surprendre. Si Mademoiselle S. partage ses fantasmes, elle révèle principalement une magnifique histoire d’amour tragique.

    Singulier, le sujet intrigue, captive, rode à la frontière du voyeurisme. Les sentiments intimes de Simone, l’héroïne à la plume libérée, sont exposés au grand jour pour illustrer la beauté de l’amour, la dévotion, la force des émotions, l’alchimie physique, le rapport au corps, la danse des sens, la libération sexuelle, le désir féminin. Riche en descriptions, les lettres forment un ensemble évolutif intéressant. Étonnant, le personnage féminin existe uniquement à travers son écriture. Ses pensées profondes se matérialisent derrière ses mots. La magie de l’immersion opère sans ornements parasites, puisqu’au profit d’un aspect psychologique captivant. Le genre se réinvente de manière assez déroutante. S’il ne s’agit pas d’un roman, doté de codes définis, reconnaissables et réconfortants, le charme de l’œuvre découle précisément des lignes non cadrées, authentiques, écrites et rassemblées habilement pour le plaisir des lecteurs modernes ; ces bribes éparses d’un passé rédigé ; ces morceaux de vie immortalisés sur le papier.

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    Témoignages précieux d’une époque révolue, ces pages peuvent, toutefois, alimenter une certaine lassitude dès lors que le lecteur entreprend une lecture directe de leur contenu, n’offrant pas la possibilité à l’esprit d’apprécier la saveur des confessions du personnage dépouillé généreusement de sa pudeur. En effet, une fois l’engouement de la découverte étiolé, le milieu du livre présente indéniablement de longs passages répétitifs, susceptibles d’engendrer l’ennui.

    laura des mots

    Finalement, comme l’exprime admirablement bien Yves Berthault, ce qui est marquant, « Ce qui reste et ce qui compte, c’est la belle leçon que nous donne Simone sur l’éternel féminin et sur la dimension du sacrifice qui (…) imprègne la façon dont les femmes ont aimé, aiment, et aimeront. »

    Mademoiselle S

    Site :

    http://www.babelio.com/livres/Anonyme-Mademoiselle-S-Lettres-damour-1928-1930/718840